Soeur Valérie avec l'ordre de Malte

Au bon endroit, au bon moment : auprès des évacués des incendies de Gironde

Le mercredi 22 juillet le grand massif de la forêt des Landes de Gascogne, dans le sud-ouest de la France, essentiellement composée de pins, s’embrasait suite à un accident forestier et à des conditions météorologiques extrêmes : 3 épisodes de canicule depuis le mois de mai.
En quelques jours c’est l’équivalent de 4 fois la superficie de Paris qui est parti en fumée (42 500 ha).
Le travail des pompiers, des agriculteurs, des militaires, des avions bombardiers d’eau a été immense, l’entraide nationale et internationale magnifique et sans démenti. Dès les premiers jours, devant l’ampleur du feu et sa vitesse de propagation toutes les villes et villages entre l’océan atlantique et Bordeaux furent peu à peu évacués de ses habitants.
Dès le vendredi soir une épaisse fumée, âcre, recouvrait la grande ville de Bordeaux. Des milliers de gens (220 000 au total) ont dû quitter leurs maisons dans l’urgence souvent et dans l’angoisse de ce qu’ils retrouveraient au retour.

Une situation inédite, mais qui a permis de ne faire aucune victime parmi la population. Le parc des expositions de Bordeaux, 3 grands halls de plus de 60000 m2, s’est complètement dédié à l’accueil des réfugiés du feu.
Pendant que gendarmes et policiers veillaient sur la sécurité, services de sécurité civile, organismes humanitaires et des centaines de bénévoles se sont
organisés pour accueillir et veiller sur ces milliers de déplacés.
J’y suis allée le dimanche 26 juillet, m’intégrant comme médecin travaillant avec l’Ordre de Malte et en collaboration avec les secouristes sur place.


L’ambiance de cet immense hall, fourmillant de personnes, où des centaines de lits pliants s’alignaient, sur lesquels gisaient des gens plus ou moins hagards et inquiets, était impressionnante. Un sentiment m’habitait, celui d’être une goutte d’eau dans un brasier, et une prière : envoie-moi vers le cœur qui attend. Je m’attendais à faire des soins, à aider matériellement, à conseiller et je me suis retrouvée assise des heures à tenir la main de personnes âgées, évacuées des EHPAD. Déjà perdues, elles l’étaient plus encore en ce lieu si anonyme, si inconfortable ….
Porteuses d’un bracelet, marquées d’un numéro, elles redevinrent des personnes uniques et aimées, grâce à ce mouvement de solidarité qui nous a entrainés vers elles.
D’autres personnes, complètement désorientées et étant parties en oubliant leurs médicaments, leur ordonnance, avaient juste besoin d’une écoute, d’un ou deux conseils pour se retrouver dans un réel qui finalement était habité, reprenait sens.
Une certitude m’habitait en repartant, celle d’avoir été au bon endroit au bon moment grâce à Dieu !


Valérie Gauthier fmm Bordeaux