« Le pouvoir de dire ‘oui’ »

Très souvent, lorsque nous disons ‘oui’, nous abandonnons beaucoup de choses au point de mourir à nous-même, inconsciemment, pour que les autres puissent trouver l’espérance et donner un sens à leur vie.

Il est important de souligner que dire ‘oui’ nous donne certaines responsabilités. Cela fait jouer en nous une force intérieure suscitant l’enthousiasme pour mettre en lumière les talents inexploités que nous possédons. En disant ‘oui’ vous pouvez passer de rien à quelque chose. Cela peut vous sortir de votre confort et vous conduire là où vous apprendrez à compter uniquement sur Dieu. Cela peut aussi vous offrir l’occasion de devenir un meneur, quelqu’un qui montre le chemin, une personne profondément enracinée dans la foi. Nous nous souvenons des temps bibliques dans lesquels Dieu a donné à beaucoup de prophètes, de religieux et de religieuses l’occasion de dire ‘oui’, et de répondre ainsi au plan et à la volonté divine. La Vierge Marie, par son ‘oui’ est devenue la mère de Dieu, unissant le ciel et la terre. De même Moïse, Jérémie, Isaïe. Librement et volontairement ils ont dit ‘oui’ à la mission de Dieu. Comme FMM appelée à vivre l’Ecce et le Fiat de Marie dans une attitude de totale disponibilité, il ne me reste d’autre option que d’apprendre à dire ‘oui’ chaque jour à la mission de Dieu, exigeante, difficile, quelle que soit la situation.

Grâce à ce que j’ai vécu pendant des années, j’ai réalisé que la formule de nos vœux peut se résumer en ce simple mot ‘oui’, mais avec ses exigences. Ce ‘oui’ permanent, dans l’attitude de Marie, est la dure réalité de mon expérience missionnaire que je voudrais partager avec vous. La joie de dire ‘oui’ à mes supérieures quand un besoin spécifique existait, m’a conduite à une mission lointaine dans les faubourgs de Dakar, à quarante-cinq minutes en voiture, quand il n’y a pas de circulation...vous pouvez imaginer quand il y en a ! Oui, prête à aller là où Dieu est moins connu, prête à aller dans une mission éloignée pour le royaume de Dieu. Je suis embarquée dans ce voyage depuis trois ans, dans une communauté appelée Diamaguene, un nom familier pour beaucoup de sœurs de la province, et que j’appelle secrètement la « sainte cité de Diamaguene ». Je suis directrice de l’Ecole Elémentaire de Theophile Verbist, une paroisse fondée par les pères de la Congrégation du Cœur Immaculé de Marie, les Pères Scheutistes. L’école compte plus de quatre cents étudiants et un personnel qualifié de vingt-cinq personnes.

Ce qui m’a inspiré durant ces années, c’est l’amour innocent et attentif inscrit sur le visage de ces enfants, exprimé chaque matin par leurs joyeuses salutations. Ils sont exubérants, imprévisibles, pleins de questions et prêts à découvrir leur écosystème. Chaque matin avec leurs sacs à dos ils arrivent avec des personnes de connaissance ou avec leurs parents. Ce qui m’a motivée aussi c’est que les parents me confient leurs enfants et, à cause de ma présence de religieuse fmm, ils ont confiance que leurs enfants seront protégés. Parfois il y a des moments de souffrances insupportables, spécialement quand le nombre de parents divorcés s’accroit. Ils viennent me voir concernant le bien-être de leurs enfants, et pour déterminer qui a l’obligation de conduire et de reprendre l’enfant à l’école, ou qui doit payer la scolarité. Il est déprimant de savoir que cette situation affecte l’enfant, qu’il vit avec le chagrin d’être une victime, et la souffrance d’un sérieux dilemme moral. Les rêves et le droit à une meilleure éducation et à un meilleur avenir sont ébranlés, l’espoir d’une vie de famille est brisé et anéanti. L’enfant est laissé à la merci des grands-parents.

Un autre aspect de ma mission, montrant que dire ‘oui’ va avec la souffrance et le sacrifice, est lorsque je suis forcée de renvoyer les enfants à la maison parce que les parents n’ont pas réglé la scolarité. Je n’ai pas d’autre alternative que de les renvoyer pour rappeler aux parents leurs obligations. C’est une position difficile que de demander aux enfants, petits et innocents, de quitter l’école parce que les professeurs qui les aiment ont besoin de vivre et de prendre soin de leurs propres familles. Cela signifie que nous devons être préparées, à accepter les difficultés d’avoir dit oui, et à en porter les conséquences. A l’Ecole Elémentaire Théophile Verbist, nos activités de l’année sont structurées depuis le début de l’année scolaire, et ajustées selon le temps et les événements. L’école commence en octobre, et en décembre avant les vacances de Noël nous organisons généralement pour les étudiants la fête traditionnelle. De janvier à mars l’année scolaire continue jusqu’aux vacances de Pâques au mois d’avril. Pendant le temps du Carême chaque classe est encouragée à mettre une boîte de carême pour un partage avec les pauvres. Pendant cette période, chrétiens et musulmans sont mobilisés pour aller rencontrer les pauvres d’entre les pauvres. Une idée a été d’aider les enfants des communautés rurales afin qu’ils restent au campus et puissent déjeuner à l’école, cela leur évite de parcourir un long chemin pour rentrer déjeuner chez eux. Ce partage des étudiants avec leurs camarades est l’initiative personnelle du directeur diocésain de l’Education. Les enfants sont heureux de partager grâce à leurs privations faites sous la direction de leurs professeurs. Merci aux membres du personnel pour la goutte d’eau ajoutée pour stimuler l’équipe des éducateurs.

  

En résumé, l’Ecole Elémentaire Théophile Verbist m’a offert la chance de dire ‘Oui Seigneur, conduis-moi là où je n’oserais pas aller’. C’est une mission éloignée et exigeante, mais qui me permet de mettre des sourires sur les visages des enfants, ceux qui sont dans ou hors de l’école. J’ai fait l’expérience de ce que signifie ‘la passion pour la mission’. J’ai rencontré quelques épines dans les faubourgs de Dakar, mais Dieu en a pris une grande partie. Je suis témoin de la protection divine au milieu des orages, et chaque jour, quand l’orage est passé, je reconnais la main de Dieu. Je suis aussi témoin des nombreux miracles que Dieu fait pour moi à Diagmanuene. Cette année scolaire 2018/2019 verra la fin du contrat de trois ans que j’ai signé avec les Pères de Scheut et la Province. Merci à mes sœurs de m’avoir permis de vivre ce superbe parcours avec les parents, les enseignants et les élèves.

Annie Dopoeh, fmm

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