Le mystère d'un chapelet

Un autre arrive près de moi : « Je suis une personne pas agréable : mes femmes (?!) m’ont toutes quittées et je ne parle à personne. Mais aujourd’hui, je ne sais pas ce qui se passe, je vous parle facilement, je me sens à l’aise
Pour comprendre l’attraction de mon chapelet, il faut remonter à plusieurs années en arrière. J’avais perdu le mien et comme quelques jours après j’allais à La Trappe de Soligny où je vais plusieurs fois par an depuis plus de 30 ans, je me dis : j’achèterai un chapelet au magasin. Mais dans le magasin je ne vois que des petits chapelets avec des perles roses ou bleues pour les jeunes enfants. Je demande au Frère trappiste qui est à la caisse s’il n’en a pas d’autres. Il me répond : « Venez demain. » Le lendemain, il me sort une boite pleine de chapelets. "Choisissez-en un, je vous le donne, ils ont tous appartenus à un Moine." J’en choisis un. "Ah ! vous avez fait un bon choix, un Saint Moine l’a égrainé toute sa vie". Me voilà toute heureuse avec ce précieux cadeau et quand je vais dans le parc de la clinique je prie souvent ce saint Moine. C’est lui qui attire toutes les personnes qui viennent à moi.

QUELQUES FLASHS


LES ATHEES
" Je suis athée mais je sens autour de moi des présences : Anges ? Ames ?" Je lui demande : « Pour vous, c’est quoi être athée ? » Apparemment on ne lui a jamais posé la question. Il est interloqué. « Euh ! Ne pas croire en Dieu. » Je lui rétorque : « Si vous me dites : Ne pas croire en Dieu, c’est que vous pensez qu’Il existe mais que vous ne voulez pas croire en Lui ». « Oui, ce doit être cela. » Je sens que ma question le travaille et nous restons en silence

LES INCROYANTS
Une jeune fille arrive," je viens d’arriver mais je ne connais personne et je me sens seule, je peux m’asseoir à côté de vous ?" "Depuis quand vous vous êtes là ? » Je lui réponds que je suis Religieuse et que je vis dans une communauté à côté. « Vous savez, moi je ne crois pas en Dieu ; du reste je ne le connais pas, personne ne m’en a pas parlé. » Je lui réponds du tac au tac : « Mais Lui, Il vous connais et Il vous aime. » Elle écarquille les yeux étonnée et je lui parle longuement de l’amour et de la miséricorde de Dieu. Elle sourit, elle est heureuse. Quelques jours après, je la croise dans une allée et elle me lance : « Je n’ai pas oublié : Il me connait et Il m’aime ».

LES APPELANTS
De loin, une dame m’appelle : « C’est vous la Sœur ? » Je réponds que je suis une sœur parmi une trentaine d’autres. « Mais la Soeur qui écoute et à qui on peut parler ? ». « Oui, j’écoute ». Elle me parle longuement : « Je suis baptisée, j’ai suivi le catéchisme, mais j’ai perdu la Foi. » Je lui rétorque que la foi ne se perd pas comme on perd un objet, elle est toujours en nous, mais elle sommeille, un jour, elle se réveillera. Elle est étonnée « Ah bon ! Le Seigneur me respecte, Il ne me force pas ? Ça, on ne me l’a jamais dit. Merci. »

LES REVOLTES
« Il faut que je vous parle, vous voulez bien marcher avec moi dans la forêt, cela me détendra. » Nous voilà parties. Nous marchons sans rien dire, je respecte son silence. Puis tout d’un coup, elle éclate : « J’en ai marre de tout le monde. Les gens sont des idiots, des imbéciles » et elle lance contre tout le monde toutes les injures grossières qu’elle connait.
De temps en temps, elle jette un coup d’œil vers moi pour voir si je suis choquée mais je reste imperturbable et en silence. Sortir son flot de pus fait toujours du bien. Elle rajoute : « Tout de même, je respecte Dieu. » Silence puis je lui dis doucement : « Si vous respectez Dieu, vous devez respecter ses créatures, sinon vous semblez dire : En créant les hommes, Seigneur, tu as fait des bêtises. » Elle ne répond rien mais je sens que j’ai fait mouche, car son front se plisse et elle ne dit plus rien réfléchissant profondément. En se quittant, elle me remercie chaleureusement.
Le malade attiré par mon chapelet me dit un autre jour en regardant la croix : "Ne me parlez de Lui, je suis très fâché avec Lui". Nous restons un long moment en silence. Puis en s’en allant : « Priez pour moi, ma sœur. » 2 minutes après, il revient : « vous avez bien compris : il faut prier pour moi. » Encore 2 minutes après ; il court vers moi. "C’est très important, promettez-moi que vous prierez pour moi." Je me dis que s’il insiste tant sur la prière, c’est qu’il est en marche vers la réconciliation sans trop encore le réaliser.

LES DESESPERES
« Mais, c’est la Mère Françoise la personne qui vient vers moi ! » Elle demande à un ami qui est assis à côté d’elle de bien vouloir s’en aller et nous laisser seules, il faut absolument que je parle avec elle. Elle parle, elle parle sans arrêt de l’aide que je lui apportée au moment de l’opération de son cancer du sein. Mais maintenant elle fait une grosse déprime et elle est désespérée. Je l’écoute longuement, puis : "Je voudrais prier, mais je ne sais pas prier, je ne sais pas quoi dire quand je viens dans votre Chapelle." Je lui explique que ce n’est pas grave de n’avoir rien à dire ; il suffit d’être là en sa présence et peu à peu le calme et la paix reviendront. Je l’ai revue plusieurs fois au fond de la Chapelle et un le petit sourire qu’elle m’adressait me montrait que tout allait bien. Mais je lui précise qu’il vaut mieux m’appeler sœur plutôt que mère. « Ah non ! Vous êtes pour moi plus qu’une sœur, mais véritablement une mère. »
Une dame que j’ai longuement accompagnée l’année dernière et qui a retrouvé son mari toute heureuse est obligée de revenir. Elle est désespérée ; « je ne m’en sortirai donc jamais de cette horrible dépression. Et ici, je retrouve les mêmes personnes que celles de l’année dernière ; alors quoi, on ne guérit donc jamais ! » Je l’écoute ne sachant pas quoi dire mais elle me remercie de mon écoute cela lui a fait du bien.

LES ABANDONNES
Il est venu à la Chapelle pour acheter une petite lampe, car c’est l’anniversaire de la mort de la seule amie qu’il a eue dans toute sa vie. "Je suis, seul, un peu sauvage, je ne parle à personne et mon seul ami qui me restait, mon chien est mort lui aussi". Nous sortons de la Chapelle et dehors, je l’écoute ; il me remercie et s’en va.

LES ETONNES
"Vous êtes venue vous asseoir près de moi, pourquoi ? Vous sentiez donc que j’avais besoin d’une présence amicale ?" Je lui dis qu’effectivement je la voyais seule avec un air si malheureux que j’ai senti qu’une présence même silencieuse la réconforterait. Elle est étonnée ; « Vous avez deviné tout cela ? C’est exactement cela. » Je lui montre mon chapelet. « Moi aussi, je suis chrétienne. » Une deuxième isolée arrive : « Je peux m’asseoir ? Je vous dérange ? » " Non, non restez". Et on parle à trois. Elles sont contentes et nous échangeons nos prénoms nous promettant de nous revoir.

LES RECONNAISSANTES
« Vous m’avez écoutée. Oh ! Merci. Je ne sais comment vous témoigner ma reconnaissance. Alors, simplement, je vous embrasse avec toute mon affection. »
« Vous, vous pensez tout le temps aux autres ; cela vous arrive quelquefois de penser à vous ? » Je la rassure. "Les matins je les consacre à la prière, à la réflexion à l’étude de la Bible et tout va bien".

J’aurais encore beaucoup d’autres témoignages à donner mais pour conclure, je voudrais citer Isabelle Prètre qui a écrit un livre sublime que toute personne âgée devrait lire : "La vieillesse, chute ou envol"

" Avec l’expérience du coeur des hommes, de l’éphémère des choses de la vie, on glisse peu à peu ou d’un seul coup dans l’éblouissement de l’amour et de la vérité. On écoute les âmes, on les devine, on les comprend...L’altruisme n’est plus un devoir mais un état d’âme pour celui qui se met à aimer avec le cœur de Dieu. »

Françoise fmm, Aufréry

 

 

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