Me voici Seigneur, envoie moi…

Durant les huit premières années, j’ai vécu à Bumba, dans un territoire qui se situe au milieu de la forêt de l’Equateur, à 1200 km de Kinshasa et une centaine de kilomètres du Centrafrique. Bumba représente un grand village aux conditions de vie très simples. Y avoir vécu dès mon arrivée me semble une grâce, car à l’intérieur du pays, la culture y est très palpable, contrairement à la capitale qui est plus industrialisée, et rassemble une mosaïque de cultures. J’ai pu ainsi saisir pleinement la richesse de la culture congolaise : la solidarité, la valeur de l’ « être ensemble », l’importance de la parole prononcée et échangée, la joie au-delà des difficultés… Je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer un congolais athée, peut-être pour la simple raison qu’il n’y en a pas. Il me semble d’ailleurs que cette confiance qui émane de ce peuple trouve sa source dans une Foi profonde, presque viscérale… A Bumba, nous étions une petite communauté de cinq ou six sœurs, bien insérée, et au contact d’une grande population au travers les œuvres éducatives (école maternelle, primaire), sanitaire (centre de santé, avec annexe de kinésithérapie) et sociales (alphabétisation). Personnellement, je travaillais au niveau de l’école primaire, me souciant de la formation intégrale des élèves, et de l’accompagnement des enseignants dans leur accomplissement d’un travail juste et bien fait.

Après huit ans, j’ai été envoyée à Kinshasa, dans la communauté de Kintambo. Il m’était demandé de travailler au lycée Bolingani . J’y ai vécu deux années très belles, dans une collaboration féconde avec nos collaborateurs laïcs. Ce qui m’a beaucoup touchée, c’est le catéchuménat, qui s’est vécu l’année passée, à la demande d’un groupe d’élèves. Effectivement, après la messe de la rentrée, une élève m’a suivie, me disant comme pour m’interpeller : « Pourquoi n’y a-t-il pas la catéchèse scolaire au lycée ? Je suis frustrée ; je ne peux pas communier… » Cette élève revenant plusieurs fois me trouver avec cette même question, j’y ai vu comme un appel. Faisant un sondage dans les salles de classe, il s’avéra que 25-30 élèves portaient ce même désir d’un cheminement de Foi, les unes demandant la préparation au baptême, les autres à la première communion. Après accord des parents et en lien avec le curé de la Paroisse, nous nous sommes lancées, avec une surveillante du lycée, dans l’accompagnement d’un groupe constitué d’une douzaine de filles. Je garde un souvenir très ému du cheminement de ces jeunes, marqué par la fraîcheur d’une Foi qui s’éveille et de questionnements profonds, entre autres : le débat et les mises au point que nous avons eus sur « l’amour par intérêt », le mystère de l’Annonciation, le cheminement possible vers le pardon… Le 25 avril, une partie d’entre elles recevait le baptême et le 30 juin, ce fut la première communion.
Après dix ans au Congo Kinshasa, ce qui m’habite ? L’action de grâce pour l’Amour et la fidélité de Dieu, qui m’a gardée « au départ et au retour » (Ps 120)…
Nouveau contexte, nouveaux défis, nouvel appel… Me voici Seigneur, envoie moi…


Marie Claire Dutoit, FMM

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