Le banc de la mission...

Même en hiver la froidure du matin a fait place à la douceur de l’après-midi, aussi je pars par notre petit sentier dans le parc de la clinique psychiatrique. Un jeune hospitalisé me salue : « Bonjour ma sœur, votre banc favori vous attend. »

Je vais donc vers mon « banc favori » en plein soleil. Mon chapelet à la main, je contemple les cèdres géants multi-centenaires et au loin les sommets des Pyrénées couverts de neige. Mon chapelet est un véritable aimant.
 
Une personne hospitalisée s’approche et s’assied près de moi et me dit : « Oh ! Vous avez un chapelet, vous êtes une sœur de la communauté. Est-ce que je peux le dire avec vous ? Vous savez, j’en ai un aussi mais je ne sais plus où il est. » Nous commençons le chapelet, timidement, elle répond en trébuchant sur les mots et en en oubliant d’autres. Mais elle semble heureuse, son visage se détend : « C’est la première fois depuis des années que je peux ainsi prier. Merci, vous m’avez fait tellement de bien. Je reviendrai. »
 
Arrive une autre dame, « il paraît que vous êtes religieuse mais je vous préviens, je suis athée. » Pas de problème. Et elle parle, parle pendant près d’une heure. Je l’écoute sans rien dire, de temps en temps, je glisse un petit mot pour lui montrer que je la comprends. Elle part en me disant : « Ouf ! Je me sens mieux, j’avais tellement besoin de parler et d’être écoutée. Ici, c’est impossible, il y a peu de psys et ils sont débordés. Mais je vous rappelle que je suis athée. »
 
Une dame hospitalisée depuis six mois, ancien professeur d’espagnol vient tous les jours. « Je peux parler religion avec vous, cela me réconforte car je suis très chrétienne. » Mais elle se lamente car elle ne constate pas d’amélioration de son état et même se sent de plus en plus mal. Elle parle, elle parle. « Mais dites-moi que faire ? Mais que faire ? Que faire ? » J’essaie de l’encourager en lui disant qu’elle est dans une excellente clinique avec de très bons médecins mais qu’effectivement c’est long de trouver le traitement qui lui convienne. Nous marchons un peu ensemble et cela la détend. Le lendemain, elle parle de tous ses malheurs, de son père qui s’est suicidé, de sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer ; je l’écoute et à chaque fois, elle se calme un peu. « Oh ! Vous êtes très gentille, permettez que je vous embrasse ? »
 
Arrive en trombe une jeune fille : « Ah, vous êtes religieuse, ça m’intéresse. Vous pouvez me parler de la vie religieuse ? » Ce que je fais et elle semble très attentive. Et tout d’un coup, elle me sort : « Et votre mari, il est religieux aussi ? » Je lui dis que je n’ai pas de mari. « Alors, le petit ami avec lequel vous vivez ? » Je lui parle de mon célibat, de ma vie toute entière donnée à Jésus Christ ce qui me comble de joie. Elle me regarde les yeux écarquillés : « Ah ! J’en ai appris des choses aujourd’hui, cela m’a l’air drôlement bien la vie religieuse. »
 
Ainsi se déroulent beaucoup de mes après-midis, mon « banc favori » est vraiment ma mission aujourd’hui et je me rends de plus en plus compte combien l’écoute est importante.
 
« L’écoute est ce que nous offrons les uns aux autres, l’espace où nous portons, supportons les fatigues les uns des autres. » Véronique Magron.
Françoise Le Roy, Aufréry
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