J’étais étranger et vous m'avez accueilli...

Pour économiser, beaucoup d'entre eux habitent dans une seule pièce qu'ils louent. Face à ces défis nous avons essayé de les rencontrer pour les écouter et les aider. Nous avons organisé avec la communauté, la paroisse, d'autres congrégations et la pastorale sociale, une équipe de Mobilité Humaine pour les accompagner. Nous étions 60 à la première réunion et une nouvelle histoire a ainsi commencé.Il fait un peu frais ce matin et l'on entend crier dans les rues : 'galettes', 'tisanes' . . . et nous nous demandons : d'où vient cet accent ? ce n'est pas du Pérou ! Depuis le mois d'octobre 2017 beaucoup de voix semblables se font entendre dans notre communauté, notre quartier, notre paroisse... Ce sont quelques-uns des 300.000 migrants vénézuéliens qui arrivent au Pérou cherchant un endroit pour vivre et travailler librement. Nous les voyons dans les autobus vendant des friandises, dans les rues offrant des limonades, du café, dans les marchés chargeant des colis, dans les restaurants acceptant de rendre n'importe quel service en échange d'un peu de nourriture.

Rus Mary, très inquiète, nous a dit : « mes sœurs, je suis désespérée car mes deux enfants, encore petits, sont restés avec ma maman à Caracas, ils n'ont rien à manger, pas de médicaments, ils manquent de tout, je dois chercher comment leur envoyer de l'argent, mais je dois aussi préparer mon voyage à Lima pour les faire venir. » Voyant cela la solidarité a jailli de notre pauvreté. Comment ne pas accueillir sa demande et partager son inquiétude. Impossible de rester spectatrices. Nous lui avons donné de l'argent et cela a été suffisant pour que, grâce à un peu de créativité, elle achète de la matière première pour pouvoir vendre des sucreries et des limonades.

Nilo, un jeune péruvien, nous a amené deux vénézuéliens aux visages fatigués et très préoccupés parce que deux jours plus tard devaient arriver une jeune fille, et ils nous dirent : « notre amie va arriver mais nous sommes deux hommes, nous ne pouvons la garder dans notre chambre... nous sommes des hommes... s'il vous plait nous avons besoin de la loger jusqu'à ce qu'elle trouve un travail. » Nous nous sommes mises en rapport avec l'équipe de la Mobilité Humaine pour l'accueillir. Maintenant elle travaille dans une maison où elle s'occupe d'une petite fille et gagne 600 soles qui sont pour sa famille au Venezuela et pour ses besoins personnels. Elle cherche aussi le moyen de vendre des friandises et d'autres produits.

 

Aux environs de la fête de Noël la communauté fmm les a invités pour une célébration et un repas festif. Nous attendions 20 personnes et en fait nous avons accueilli 60 vénézuéliens ! Nous étions émues en écoutant la voix des petits et en voyant le sourire des adultes. Nous nous demandions si nous aurions assez de nourriture pour tous, mais Dieu est toujours généreux et a multiplié les pains. Ils ont beaucoup aimé le plat typique de notre pays la ' carapulcra'. Les enfants étaient heureux de recevoir des pannetons et des jeux, fruits de la solidarité des étudiants de notre collège de Barranco.

Un autre jour, je me trouvais à la paroisse et je vis un monsieur qui désirait se confesser. Je reconnus le docteur Victor, un émigré vénézuélien que nous avions invité pour la réunion. En parlant avec lui il me confia qu'il était préoccupé parce qu'il voulait se mettre en règle pour travailler dans sa spécialité, la rhumatologie. Deux autres personnes vivaient avec lui, et il travaillait au marché pour charger les fruits et économiser un peu d'argent. Il mangeait dans la rue. Le jeune Nilo me raconta qu'un jour il l'avait invité à déjeuner dans un restaurant mais il lui répondu : « Non, je t'invite plutôt là où je déjeune tous les jours pour pouvoir faire des économies. C'était un marchand ambulant qui se trouvait au milieu des pauvres ». Ce Monsieur Victor, avant la crise au Venezuela, travaillait dans deux cliniques et n'avait jamais pensé se retrouver dans cette situation. Maintenant dans ses moments libres, dans un coin de l'église, avec comme table une caisse renversée, il distribue à quelques patients vénézuéliens des médicaments qui lui ont été donnés. Beaucoup d' aides solidaires se mettent en place telle que JPIC-Droits Humains. Nous avons aussi des contacts avec d'autres confessions religieuses comme les musulmans qui ont donné des paniers de vivres pour plusieurs familles. Nous sommes en relation avec « ENCUENTROS » (rencontres) des Pères Jésuites, avec ACNUR et d'autres associations qui sont ouvertes et prêtes à collaborer en faveur des migrants du Venezuela.

A la suite de toutes ces expériences partagées, nous avons mis en place un projet d' aide venant de l'Institut dont bénéficieront cinq familles, grâce à la vente de leurs produits. Ces expériences nous aident à vivre la transformation, écoutant le cri du pauvre et nous situant dans l'attitude de 'l'Eglise en sortie' pour répondre à ces nouveaux défis. Comme nous le dit le Pape François : 

« La communauté évangélisatrice se met par ses œuvres et ses gestes dans la vie quotidienne des autres, supprimant les distances... et assume la vie humaine en touchant le corps du Christ, soufrant dans le peuple" (E.G. 24).

Communauté du pré-noviciat fmm

Valdivieso, Lima

Back to top