Bâtir la paix dans les rencontres quotidiennes

A Tébessa où nous sommes les seules chrétiennes, comment bâtir la paix si ce n’est par les rencontres, portées dans la prière ? St François ne dit pas autre chose à ceux qui vivent avec les musulmans : « …ne faire ni procès ni dispute, être soumis à toute créature humaine à cause de Dieu, et confesser simplement qu’ils sont chrétiens… » (1ère Règle 16,6)
C’est ensemble, chrétiens et musulmans, que nous bâtissons la paix au quotidien.

L’autre jour, au retour du marché un inconnu s’approche de moi : « Je peux vous poser une question ? - Oui. -Quel est votre rôle ici ? » Après un moment de réflexion, je lui réponds : « Pour moi, c’est de montrer que nous pouvons vivre ensemble, chrétiens et musulmans, dans la paix et le partage ». Il a été très content de ma réponse.
Nous vivons dans un quartier plutôt pauvre. Nous aimons faire nos courses à pied, visiter les familles, surtout les femmes encore trop souvent enfermées. Nous allons en communauté aux fêtes (mariage, circoncision…) et aux deuils. Nous nous rendons de multiples services. Les jours de fêtes musulmanes, on nous apporte les plats typiques. Et nous, nous invitons les enfants à un goûter à l’occasion de Noël, et les femmes le jour de la fête des Mères.
Ce n’est rien apparemment. Mais alors que l’Etat Islamique donne un visage déformé de l’Islam, n’est-il pas important « ce vivre ensemble » dans le respect de ce qu’est chacun ?


 

De ces multiples rencontres naissent les biens messianiques : paix, justice, pardon, joie. Entrer dans une maison et dire « La paix soit avec vous ! » prend tout son poids. J’aime le dire, c’est très beau et franciscain… et c’est aussi le salut musulman.
Nous ne sommes pas naïves. Nous savons que certains ne nous aiment pas, nous soupçonnent d’arrières pensées. Pourtant, notre vie toute simple, notre comportement veulent sincèrement contribuer à la paix. Nous n’avons aucun signe ostentatoire de richesse qui pourrait écraser nos voisins ; nous veillons au partage. Nous faisons des « petits boulots » comme tout le monde pour assurer notre vie quotidienne : cours d’anglais et de français, traductions etc…
Ainsi nous sommes immergées dans cette ville où beaucoup nous saluent « Bonjour mes sœurs ! » Il n’est pas rare que voisins et amis fassent appel à notre prière.
Nous faisons route avec le peuple en maintenant une « véritable ouverture qui implique de se tenir ferme sur ses propres convictions les plus intimes, avec une identité claire et joyeuse, mais ouvert à celles de l’autre pour les comprendre et en sachant que le dialogue peut être une source d’enrichissement pour chacun » (Pape François, La joie de l’Evangile, n°251)
Nous sommes très heureuses de cette mission qui nous est confiée.
                                  

 Sr. Jocelyne AUDRAIN, fmm

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