Une expérience avec les migrants

Dieu m’a appelée à partager la réalité que vivent nos frères et sœurs migrants, victimes de violences, d’inégalités, d’injustices, de mort, etc. Leur cri monte vers Dieu et nous ne pouvons, nous FMM, rester indifférentes, car notre charisme nous demande de nous laisser interpeler par les signes des temps. C’est pour cette raison que je suis arrivée à « la 72 », Foyer refuge pour les émigrés, afin d’offrir mes services en tant que volontaire, et donner gratuitement ce que j’ai reçu gratuitement au cours de ma formation FMM et universitaire. Chaque jour environ 200 migrants passent dans ce foyer, venant en grande majorité d’Honduras, d’El Salvador, du Guatemala, du Nicaragua, de Cuba, et dernièrement de différents pays d’Afrique. En voyant les besoins, je voulais répondre à tout, ce qui s’est révélé impossible. J’ai commencé par m’occuper des femmes qui, en général, sont très déprimées parce que presque toutes ont laissé leurs enfants et ont dû fuir le crime organisé dont elles ont été les victimes : viols, séquestrations, menaces de mort, extorsions, etc. Cela les a obligées à risquer leur vie, pour sauver la vie de ceux qu’elles aiment. En général on les menace de faire du mal à leurs enfants ou à leur famille proche si elles ne cèdent pas aux caprices du crime organisé. J’ai lancé un atelier de création artisanale. Je leur ai appris à tricoter, à faire des fleurs avec des canettes de sodas, et à fabriquer des cartes, avec comme double objectifs de gagner leur confiance et de leur permettre de vendre leur confection artisanale pour avoir un peu d’argent et acheter au moins du savon pour se laver et laver leurs vêtements. Les femmes, comme les hommes, ont bien répondu à mon attente.

J’ai été très frappée par les jeux des enfants, car ils étaient tous en relation avec la persécution liée à l’émigration, les viols, les assassinats, etc., et cela me montrait la violence intérieure que les enfants portaient dans leur cœur à cause des expériences vécues, tant dans leur pays que le long du chemin. J’essayais de leur consacrer du temps et de leur proposer d’autres types de jeux qui les aideraient à atténuer leur anxiété et leur insécurité, afin que leur enfance ne soit pas marquée par ce qui se passe autour d’eux. Même si j’ai eu la chance d’être dans toutes les formes de prises en charge des émigrés, j’ai travaillé à temps complet dans le domaine juridique, suivant les procédures d’immigration et aidant les victimes de délits à porter plainte devant les autorités compétentes. Cela m’a permis de mettre en pratique les études que j’avais faites et d’accompagner les personnes à la recherche de la justice et du respect de leurs droits. J’ai pu ainsi entrer en contact avec le plus intime, le plus secret, le plus sacré et douloureux de la personne. Ce fut une grâce et une grande responsabilité, à laquelle avec la grâce de Dieu, j’ai pu répondre.

Les volontaires, comme les migrants, me demandaient souvent : « Comment fais-tu pour dormir et paraitre tellement paisible après avoir écouté tant d’expériences toute la journée ? » Ma réponse était toujours la même : « dans la prière et l’Eucharistie je trouve la lumière pour encourager et fortifier. » C’est là que je voyais la différence entre un travailleur social et un service de religieuse fmm. Jamais je n’avais expérimenté la splendeur de la mission devant Jésus Eucharistie. Jamais je n’avais valorisé ma vocation fmm comme dans cet espace personnel avec mon Seigneur ; en écoutant avec Lui les enfants jouer, crier, pleurer, les femmes raconter les expériences vécues dans leur pays ou en chemin, et les hommes se demander comment continuer leur route par des moyens moins dangereux. J’ai été très frappée un jour où je suis allée à Palenque pour recueillir un groupe de 5 migrants. Ils étaient les survivants d’une opération entre les migrants et la Police fédérale, au cours de laquelle il y avait eu des blessés et des disparus. En nous voyant arrivés ils se sont mis à courir à notre rencontre et ils m’ont dit, en me montrant un nouveau Testament enveloppé dans du papier et un sac en plastique : « Regarde ma sœur, ils étaient armés et nous, voilà l’unique arme que nous avions.» Pendant leur partage ils eurent toujours une parole de reconnaissance pour Dieu qui leur avait permis de survivre, et ils étaient confiants qu’Il les accompagnerait sur la route qu’ils devaient encore parcourir. Ce fut avec ces témoignages de foi, d’espérance et de force que le peuple des migrants m’a évangélisée. Cette expérience s’est achevée avec la célébration de la Résurrection, pendant laquelle, comme les disciples d’Emmaüs, le Seigneur Ressuscité m’envoya pour annoncer qu’Il vit en chaque personne qui a parié sur la vie, la justice et la paix. Je remercie de tout cœur le Seigneur pour l’appel qui m’a fait vivre ce temps à « la 72 », le Conseil provincial qui m’a envoyée pour répondre à cet appel conforme à notre charisme, et les frères ofm qui m’ont ouvert les portes et m’ont donné l’occasion, malgré ma fragilité, de servir Dieu dans le visage du migrant.


Maria Diana Munoz Alba, fmm

 

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