Être témoin du Christ en Israël

Pendant des siècles, pèlerins et chercheurs du monde entier sont venus « ici » afin de pouvoir marcher sur les lieux où LUI autrefois a marché, afin de les contempler, de se rassasier dans un certain sens, pour écouter en silence profond SA parole, pour « revivre » tout cela bien personnellement et de revenir chez soi autrement. En même temps, c’est la terre où on ne voit pas la fin du conflit, une terre imprégnée de sang, accueillant sans cesse de nouvelles victimes.

Ma mission en Israël, la patrie terrestre de Jésus Christ, est une mission qui semble être simple mais qui, en réalité, est bien complexe. J’appartiens à la Province fmm du Proche-Orient qui englobe 6 pays : le Liban, la Syrie, l’Egypte, la Jordanie, la Palestine et Israël. Je vis dans ce coin du monde depuis 27 ans. Pendant 12 ans j’ai travaillé dans des pays arabes et pendant 11 ans j’ai vécu en fraternité à Bat-Yam, en milieu juif, une ville qui compte 250 mille habitants, située à 6 km de Tel-Aviv. Depuis 4 ans, à cause du manque de sœurs, je vis 5 jours à Jérusalem dans notre communauté internationale qui compte 19 sœurs dont 15 de 80 à 105 ans, et 2 jours a Bat-Yam, et cela chaque semaine.


En quoi consiste ma mission ? A Jérusalem je commence ma journée très tôt devant le tabernacle, où dans le silence, j’essaie tout simplement « d’être » en Sa présence, de me nourrir de SA parole, de Le remercier d’avance pour TOUT ce qu’Il m’a préparé pour ce jour-là, et d’invoquer l’Esprit Saint afin qu’il me guide.

Je Le sers en celles qui ont passé toute leur vie à servir les autres, les sœurs ainées. Maintenant elles sont fatiguées, malades, quelquefois perdues, dépendantes. Elles ont besoin pas seulement de soins qualifiés mais aussi d’attention, de parole, de délicatesse et de présence gratuite. Vivant ici avec et parmi elles, le Seigneur m’a fait petit à petit comprendre et en même temps bien fort, qu’Il vit en elles pareillement comme il est présent au tabernacle caché dans un humble morceau du pain. Et, il arrive, que je L’adore en celle qui, ne disant rien, me fait deviner qu’elle a besoin d’une présence humaine… Les veilles de nuit entremêlées par des prières ne sont pas rares, car d’ici le Seigneur de temps à autre appelle à la vie éternelle. Quelqu’un a défini notre communauté « le noviciat » qui prépare pour la vie éternelle. Cette mission est pour moi un grand cadeau et en même temps, un défi.

Le Vendredi après-midi, avant que le Shabbat commence, je pars à Bat-Yam. Déjà en route je sens « le changement de planète ». Tout est fortement différent. Partout on voit des gens qui se précipitent afin d’arriver chez eux avant le début du Shabbat.
A Jaffa, à l’Eglise S. Pierre, chaque samedi, la communauté hébraïque se rassemble. Actuellement en Israël il y en a 5 de ce genre. Qui appartient à cette communauté ? Des gens qui cherchent, des Juifs baptisés, et ceux qui se préparent au baptême, des chrétiens qui désirent prier en cette langue et, ces derniers temps, il y a aussi des immigrants dont les enfants étudient dans les écoles israéliennes.

Notre communauté à Jaffa est la plus ancienne : née en 1955 elle compte 140 personnes. Elle grandit doucement, accueillant de nouveaux membres. Maintenant 6 adultes vivent le chemin de préparation au baptême. Pour chaque personne le cheminement est différent, beau mais souvent bien difficile.
Chaque samedi, nous avons la catéchèse pour les adultes et pour les enfants et ensuite la célébration de l’Eucharistie. Vraiment l’Esprit Saint souffle où il veut et quand il veut. L’homme contemporain aime les chiffres et les statistiques. Ici, nous expérimentons la présence de l’Esprit d’une façon tangible.
Ma mission, c’est la présence, une présence discrète mais attentive… J’essaie tout simplement d’être témoin de Jésus au milieu de ceux vers qui Il m’envoie sans cesse, ceux qui ont besoin d’être écouté, ceux qui attendent simplement la main tendue vers eux.
Le samedi, pendant la matinée, je donne la catéchèse à la paroisse à Jaffa aux enfants d’immigrants. Ce sont des enfants des pays d’Asie et d’Afrique qui fréquentent des écoles israéliennes. L’après-midi je fais la catéchèse pour les enfants de notre communauté hébraïque. Dans les 2 cas, c’est la catéchèse qui prépare à la 1ère communion.Ici, en vérité, je me sens témoin de la présence agissante de l’Esprit Saint. Souvent j’ai l’impression que nous vivons comme les premières communautés chrétiennes : Juifs et Chrétiens qui prient ensemble.

Pour moi, personnellement, c’est une grande grâce de vivre ces 2 missions fortement différentes. Cela est bien exigeant, mais possible grâce à Celui qui me donne Sa force : « Va avec cette force que tu as. Oui, c’est MOI qui t’envoie. » Jug 6,14. Cette Parole, je l’ai reçue quelques semaines après mes vœux perpétuels, de notre provinciale du Proche-Orient. Cette Parole m’a accompagnée et devient de plus en plus mienne. Pas mal de fois je suis passée par « l’eau et le feu » et chaque fois le Seigneur « compagnon caché de nos routes » était avec moi, quelques fois même après il me rappelait ; « Je suis avec toi, tu es à Moi ». J’ai expérimenté les fatigues, les maladies, toutes sortes de difficultés et chaque fois le Seigneur m’a soulevée, m’a donné Sa force, m’a aidé à recommencer à neuf.
L’effet d’être appelée et envoyée est pour moi une source de joie profonde. Depuis quelques années je sens profondément que les paroles du prophète Isaïe 61,1-3 résument ma mission spécifique, ici. De mon côté je dois sans cesse re-choisir, car choisissant une fois à vie, à chaque instant je dois refaire ce choix.

Anna Chochol, fmm

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