Engagement avec les migrants – Maroc

Le Maroc est devenu un pays de migration vers l’Europe pour les migrants venant des pays subsahariens d’Afrique centrale, de l’ouest et de l’est. Ces migrants, confrontés à des situations économiques néfastes, au chômage et à des guerres à répétitions, quittent leurs pays d’origine à la recherche d’emploi, d’une vie meilleure et stable. Voici l’expérience vécue au Centre CAM, où travaille notre sœur Renata Relja.

Au CAM, nous venons en aide à des migrants en situation irrégulière et aux demandeurs d’asile vu que la plupart de ces migrants (au Cam nous les appelons des bénéficiaires) font route pour arriver au Maroc. Ils traversent la Libye, le Nigeria le Niger, le Mali, l’Algérie ou la Mauritanie. Ensuite, ils passent par Oujda ou Nador pour arriver à Rabat, où ils se sentent en sécurité. La plupart sont orienté vers le CAM par la communauté, les amis, l’ambassade, les autochtones ou par d’autres associations.

L’équipe de l’accueil, avec laquelle je collabore, est le premier service du CAM. Nous faisons les premiers entretiens avec les nouveaux bénéficiaires pour déceler les problèmes de chacun, afin de les orienter vers les autres services du CAM : social, santé, éducation et accompagnement psychologique. Si c’est nécessaire, nous les orientons vers d’autres centres partenaires (ALCS, FOO, OIM, CEI, OEB, HCR) ou vers les centres de santé.

Depuis que j’ai commencé mon engagement avec les migrants, le CAM a reçu 2874 nouvelles personnes (dont on peut estimer que plus de 80% étaient déplacées par les forces de l’ordre depuis les frontières). Le nombre de nouvelles personnes reçu par jour est de 10. Nous avons 6 places ordinaires et 4 places pour les urgences, c’est-à-dire des personnes vulnérables avec des blessures apparentes, des mineurs, des femmes seules ou avec enfants.

Très souvent, les personnes qui arrivent par Nador, après un parcours très éprouvé à cause des conditions de vie en forêt, se retrouvent sans abri dormant à la gare routière Kamara de Rabat et mendiant dans les rues. Le CAM ne fait pas une prise en charge, mais il apporte de l’aide, selon les besoins de chacun. Le but du Service d’Accueil est de déceler le problème de chaque bénéficiaire avant de les orienter vers les autres services tout en filtrant et en n’orientant que des situations vraiment vulnérables et dans le besoin.

Mon rôle principal est celui de l'écoute active de leur « histoire sacrée ». Chaque personne qui vient vers moi a l'opportunité de se présenter, d’expliquer la raison pour laquelle elle a quitté son pays et sa famille... Après une année d’engagement, je peux dire que leur premier besoin est de se sentir aimés, respectés et bien accueillis dans un pays qui n'est pas le leur. J'apprends beaucoup d'eux et surtout je constate que ce sont eux qui m'évangélisent.

Pour moi personnellement, c'est une rencontre avec Jésus, qui souffre dans chaque migrant. J'essaie de leur donner la confiance, le respect et la tendresse qu’ils ont besoin. Souvent, ils parlent en pleurant, car ils ont vécu des expériences très dures pour leurs jeunes âges. Après cette première conversation, ils sont orientés vers nos différents services. Malheureusement, je n’ai plus la possibilité de les rencontrer à nouveau. Souvent, je me demande où ils sont, s’ils vivent encore ou s’ils sont déjà en Europe. Je les confie à Dieu, car je suis sûre qu’Il agit dans leurs cœurs.

O Seigneur, c'est seulement Toi qui connais leurs besoins.
Aide-les, afin qu'ils puissent trouver non seulement
de la nourriture, des vêtements,
des couvertures, une chambre, des médicaments...
Mais aussi des personnes qui les accepteront
et qui les aimeront tels qu'ils sont.

Les femmes ou les jeunes filles que nous accueillons ont été souvent violées pendant la longe durée de leur voyage jusqu'au Maroc. Comme conséquence, beaucoup sont soit tombées enceintes soit malades du Sida.

Vers la fin de l'année dernière j'ai reçu une jeune femme Sénégalaise avec des jumelles. Elle m'a confié que sa mère est morte quand elle avait seulement 10 ans. Ensuite, elle a commencé à pleurer. Après cela, il y a eu un silence, un « silence parlant » qui a duré quelques minutes… Elle m'a alors confié que son père s'est marié avec plusieurs femmes, car la polygamie est une chose normale dans sa tribu. Cette femme n’a jamais eu une vie facile. Elle a été forcée de quitter le Sénégal pour se marier avec un homme en Guinée. Ils y ont vécu pendant une année et ensuite, après de différents problèmes concernant les tribus, ils ont dû quitter la Guinée pour rejoindre le Maroc. Aussitôt, elle a découvert qu’elle était enceinte de jumelles. Cette nouvelle n’a pas été « la bonne nouvelle » pour son mari, qui, en cachette, faisait le plan de l’abandonner. Lors de son deuxième mois de grossesse, il a décidé d’aller vers Nador pour trouver un travail. Depuis, elle est restée sans aucune nouvelle, seule et abandonnée. A cause de la pauvreté et de la misère dans laquelle elle vivait pendant sa grossesse, elle a dû vivre un certain temps dans la rue, car elle ne pouvait pas payer un logement.

Finalement, une autre femme est venue à son secours et elle l’a accueillie temporairement chez elle. En novembre dernier, elle a accouché de deux petites filles. Sa situation reste très difficile. Elle ne sait pas où elle vivra, car elle n’a pas d’argent pour payer un logement, en vue d’assurer la tranquillité et la sécurité de ces filles. Au CAM, elle a été orientée vers l’urgence sociale, car elle se trouve dans une situation de vulnérabilité et de pauvreté…

Voilà quelques situations entre temps d’autres vécues par tant de nos frères et sœurs. Continuons à prier et à agir pour leur venir en aide.

Renata Relja, fmm

   

 

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